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L'Allier et ses crues

Les crues sont un fonctionnement naturel pour les rivières. Elles varient en fonction de l’origine des précipitations, de leur intensité, de leur fluctuation, de leur extension géographique et des caractéristiques de la zone où elles tombent, du relief notamment.
258 communes sont concernées par le risque d’inondation de l’Allier aval. Les principales zones exposées sont situées sur l’agglomération de Clermont Communauté, Vichy Val d’Allier, Riom Communauté et d’Issoire. Ces communes concentrent 87% de la population du territoire du SAGE, pour plus d’informations, vous pouvez vous rediriger vers le site du SAGE :

http://www.sage-allier-aval.fr/

La majorité des enjeux et des dommages des inondations sont provoqués par des cours d’eau secondaires. En effet, les affluents de l’Allier connaissent des crues torrentielles qui peuvent créer des dommages aux bourgs traversés. Les agglomérations traversées par des ruisseaux « péri-urbains » sont particulièrement vulnérables lors d’épisodes orageux entraînant des montées brutales des eaux. Pourtant, les aléas d’inondation de ces petits affluents sont actuellement peu connus.

  A quelle période se produisent les crues de l’Allier ?

 

Toute l’année ! Mais elles sont rares ou peu marquées en été. L’automne est la saison classique, les 2/3 des crues ont en effet lieu entre septembre et décembre car c’est la période propice aux pluies intenses.
De plus, sous l’influence des activités humaines qui rejettent massivement des gaz à effet de serre, le climat se dérègle et la planète se réchauffe avec pour conséquences prévisibles des phénomènes météorologiques exceptionnels et extrêmes (tempêtes, inondations, canicule, sécheresse…) de plus en plus fréquents et intenses. Il est envisageable que le changement climatique puisse modifier la saisonnalité des crues.

Exposition de la FRANE sur les crues de l’Allier

Au XIXe s : L’Allier comme voie de communication

  Le XIXe s : un siècle de crues extraordinaires !

 

L’Allier connut de très nombreuses crues au XIXe, approximativement tous les 10 ans : 1835, 1846, 1856, 1866, 1875. Les crues de 1846, 1856 et 1866 sont les plus connues après celle de 1790.
La navigation et le commerce fluvial étaient particulièrement touchés, à l’époque l’Allier était en effet une voie de communication très utilisée. Les ports envahis par les eaux, sont parfois endommagés obligeant leur transfert. Les bateaux, le matériel, les marchandises (vins, charbons, fruit, bois) stockés dans les ports ou chargés sur les embarcations sont emportés ou détruits. Un certain nombre de maisons ont également été détruites lors des grandes crues du XIXe.

  A quand remontent les dernières crues ?

 

Sous le pont de Cournon rive droite, vous trouverez les marques des dernières crues inscrites par des riverains attentifs. La marque la plus haute est de 1926 (date non lisible) et laisse deviner des volumes d’eau de l’ordre de 1 500 m3/s. Suivent ensuite par ordre décroissant, la crue du 6 octobre 1943 puis celle du 4 décembre 2003 et du 3 novembre 2008, ces deux dernières étant sensiblement équivalentes. De fréquence triennale, les crues de 2003 et 2008 enregistraient un débit de 970 m3/s à Vieille-Brioude (débit moyen normal de 29 m3/s) et un débit de 2 300 m3/s à Moulins (débit moyen normal de 140 m3/s).

Imaginez donc ce que pouvaient représenter les crues du XIXe s, par exemple celle de 1790 qui atteignait 7 000 m3/s au Bec de Dore, un record ! La crue de 1943 avoisinait elle, les 4 000 m3/s à Moulins (2 500 m3/s à Vieille Brioude).
Si aujourd’hui une crue aussi grande que celle de 1790 survenait, l’impact sur les hommes et les biens seraient bien plus dommageable, d’autant que certains aménagements installés depuis aggraveraient le phénomène.

  Alors qui déborde ? La rivière ou l’Homme ?

 

De par les aménagements et ses activités, l’Homme impacte les phénomènes de crues. L’occupation des sols des bassins versants et des plaines inondables modifie l’écoulement naturel des eaux de pluie. Aussi, les aménagements et les actions sur les cours d’eau influencent fortement leur fonctionnement naturel et contribuent ainsi à aggraver les risques de débordement. En occupant les zones inondables, l’Homme s’expose à des inondations, deux villes sont particulièrement exposées : Vichy et Moulins.
Les opérations d’extraction de matériaux (gravières, sablières, carrières…) dans le lit des rivières ont un impact indéniable sur leur fonctionnement naturel. Les aménagements liés à l’exploitation des gravières peuvent être des obstacles à l’écoulement des crues et peuvent ainsi accélérer l’écoulement ou tout simplement modifier son trajet. L’extraction des granulats et les enrochements sont les principales causes de l’enfoncement du lit de la rivière. En effet, privé d’une partie de ses sédiments par les extractions, l’Allier compense son déficit en érodant son fond.

  Les crues ne sont pas uniquement néfastes pour la rivière et pour l’Homme

 

Les crues sont des phénomènes naturels inévitables et nécessaires au bon fonctionnement du cours d’eau et de ses écosystèmes. Ce sont des processus morpho-dynamiques intenses qui permettent la régénération des milieux vieillissants, la création de vastes grèves, des érosions importantes… La capacité des crues à créer une grande mosaïque de milieux naturels (marais, bras mort, prairies inondables, grèves, atterrissement…) permet le développement d’une flore riche et variée et la création d’habitats diversifiés propices à accueillir les poissons, les oiseaux et autres espèces sauvages.

En amont, les crues permettent notamment de mobiliser des sédiments grossiers et de les transporter en aval, ce qui est un élément important pour les organismes aquatiques. En effet, le cycle de vie de nombreuses espèces est étroitement lié à un habitat composé de dépôts alluvionnaires grossiers. La faune piscicole de l’Allier est l’une des plus variées de notre pays. Selon l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA), une quarantaine d’espèces de poissons dont le saumon, le brochet, la grande alose et la lamproie marine fréquentent la rivière Allier et ses bras morts.

La création de bancs de sable et d’îlots vierges de toute végétation pendant les crues permet également la reproduction et la nidification de nombreux oiseaux. Ces milieux ouverts sont particulièrement appréciés des sternes, qui peuvent y nidifier en toute tranquillité et protéger leurs couvées des prédateurs. La pérennité de ces espèces et de ces espaces est paradoxalement conditionnée à leur destruction, notamment par les crues, sans quoi ils sont colonisés par la végétation. Les crues permettent ainsi d’offrir une nouvelle jeunesse à la rivière en la nettoyant.
Les crues sont ainsi nécessaires au maintien de la richesse écologique et elles participent également au rechargement des nappes alluviales. Ces événements se révèlent donc essentiels et permettent à l’Homme de disposer d’une eau en quantité et de qualité.

L’Ecopôle inondé lors de la crue de 2003.
Route endommagée par la crue de 2003 à Maringues (63)
Source : Parlons des crues de la rivière Allier (exposition de la FRANE)